14-01-2026 16:09 - Protection du consommateur en Mauritanie : quand l’administration contourne la libéralisation des prix

Protection du consommateur en Mauritanie : quand l’administration contourne la libéralisation des prix

LE QUOTIDIEN DE NOUAKCHOTT - Le ministère du Commerce et du Tourisme se félicite d’un bilan jugé « positif » des interventions des équipes de protection du consommateur au cours de l’année 2025.

Selon les chiffres officiels, 4 350 tournées de contrôle ont été menées, donnant lieu à plus de 28 700 inspections et à la fermeture de 3 895 commerces à travers le pays. Un activisme administratif impressionnant sur le papier, mais qui soulève de sérieuses interrogations sur la cohérence juridique et économique de l’action de l’État.

Derrière ce déploiement massif de contrôles, une réalité moins avouée apparaît : l’administration mauritanienne semble jouer au plus fin avec la loi, dans un contexte pourtant marqué par la libéralisation officielle des prix.

Des prix libéralisés… mais sanctionnés

En Mauritanie, la libéralisation des prix a été actée depuis plusieurs années. En théorie, cela signifie que l’État ne fixe plus les prix de vente pour la majorité des produits, laissant le marché jouer son rôle, sous réserve du respect de règles générales de transparence et de concurrence.

Or, dans la pratique, lorsque les services du ministère du Commerce constatent des prix jugés excessifs ou supérieurs aux prix « indicatifs » annoncés par le département, ils ne sanctionnent pas directement la hausse des prix — ce qui serait juridiquement fragile dans un système libéralisé — mais utilisent des prétextes réglementaires : non-affichage des prix ou absence de facture d’achat.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur 9 022 infractions recensées en 2025, 3 278 concernent l’absence d’affichage des prix et 3 104 la vente sans facture. Autrement dit, plus des deux tiers des infractions relèvent de manquements administratifs, utilisés comme leviers pour sanctionner des commerçants accusés, implicitement, de pratiquer des prix trop élevés.

Une répression indirecte, mais efficace

Cette méthode permet à l’administration d’éviter une confrontation frontale avec le principe de la libéralisation des prix, tout en maintenant une pression forte sur les commerçants récalcitrants. Résultat : 3 895 commerces fermés, puis rouverts après paiement d’amendes au profit du Trésor public, et 32 dossiers transmis à la justice.

Si la protection du consommateur et la lutte contre les pratiques frauduleuses — notamment la vente de produits périmés ou l’accaparement — sont des objectifs légitimes, la stratégie employée pose problème. Elle crée une insécurité juridique pour les opérateurs économiques, qui ne savent plus clairement ce qui relève de la liberté des prix et ce qui constitue une infraction réelle.

Une logique plus fiscale que régulatrice ?

La multiplication des amendes et des fermetures administratives donne également l’impression que la logique de ces contrôles est autant, sinon plus, budgétaire que régulatrice. Les commerces sont fermés, puis rapidement rouverts une fois les pénalités acquittées, sans que les causes structurelles — inflation importée, coûts de transport, spéculation en amont — ne soient réellement traitées.

Pendant ce temps, l’État évite de poser le vrai débat : soit assumer pleinement la libéralisation des prix et ses conséquences sociales, soit reconnaître que certains produits de base nécessitent un encadrement clair, transparent et juridiquement assumé.

Le consommateur et le commerçant pris en étau

Au final, ni le consommateur ni le commerçant ne sortent gagnants de cette situation. Le premier continue de subir la cherté de la vie, tandis que le second fait face à une administration qui, faute de cadre économique cohérent, instrumentalise des infractions formelles pour compenser l’absence d’une politique des prix claire.

À force de vouloir réguler sans l’assumer, l’État entretient une confusion qui fragilise la confiance dans les règles du marché et alimente le sentiment d’arbitraire. Une protection durable du consommateur ne peut se construire sur des contournements juridiques, mais sur des choix économiques assumés et lisibles pour tous.





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Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 14/01/2026 19:49 X

    Il y a le souhait de l'Etat de voir les prix ne pas trop s'envoler: C'est un souhait pour lequel il n'a aucun droit sauf à le payer par des accords de compensation actés, en faveur des commerçants. il y a la mauvaise foi des commerçants, qui osent se plaindre d'une amende due. Il y a le bon droit de l'Etat de taxer discrétionnairement les commerçants qui en plus de ne pas afficher la traçabilité des transactions ( achats, ventes etc.) veulent jouir de la liberté de surenchérir aux dépens du consommateur. Il y a aussi l'intérêt général que les taxes rentrent dans un pays qui les recouvre très partiellement. L' auteur de l'article a raison sur un point: l'Etat à tort de ne pas AFFICHER son bon droit !................ PS: Et dire que ce sont les mêmes commerçants qui pensent qu'il n'y a pas de spoliation du peuple par la spéculation comerçiale !! Qui insultent les agents de l'Etat de corruption alors qu'ils sont corrompus. Les mêmes qui demandes de bon soins à faibles couts, des écoles gratuites et des routes sans péages, mais ne veulent pas entendre parler de taxes.