25-12-2025 18:00 - Pour une économie bleue, plus verte (suite et fin):
Sidi El Moctar Taleb Hamme -- Dans la première partie de cet écrit (https://cridem.org/C_Info.php?article=789763), il était question de rappeler les concepts de ‘’économie maritime’’, ‘’économie océanique’’, ‘’économie bleue’ ’et ‘’économie verte’’ ; c’est-à -dire les différents types d’économies, liés aux écosystèmes aquatiques et les couleurs associées : économie noire, rouge, bleue, verte, etc.
Cette deuxième partie, tente de répondre au questionnement ‘’comment doit-on rendre l’économie bleue mauritanienne, plus verte ?’’
Qu’on sache d’abord qu’il est déjà établi que pour rendre une économie bleue plus verte, il faut réduire les émissions des gaz à effet de serre (GES), adopter des pratiques circulaires, développer les énergies renouvelables au détriment des énergies fossiles, protéger les écosystèmes et innover avec des technologies propres/vertes, le tout dans le cadre d’une vision d’optimisation systémique.
Ensuite, les secteurs chargés de la gestion des ressources naturelles vivantes, seraient les premiers concernés parmi ceux de notre économie bleue, dont notamment les industries extractives (énergies et mines).
Alors, les stratégies de la pêche, de l’agriculture et de l’élevage doivent répondre aux objectifs de la CCNUCC et de la CDB en ce qui les concerne ; partant du fait que les objectifs de ces Conventions sont déjà transcrits dans la politique nationale, en l’occurrence « la Stratégie de la Croissance Accélérée et de la Prospérité Partagée (SCAPP 2016-2030) ».
En conséquence, les Objectifs du Développement Durable (ODD 2015-2030), le Cadre mondial de Kunming-Montréal (2022-2030) et le Plan National d’Adaptation (PNA) en cours d’élaboration, représentent les principales sources pour définir, entre autres, les priorités nationales en matière de lutte contre les changements climatiques et la réduction de la pression sur la diversité biologique et répondre ainsi à comment rendre l’économie nationale bleue, plus verte.
Promouvoir notre économie bleue, dépend de la capacite du ministère en charge de l’environnement et du développement durable de coordonner les actions avec d’autres ministères, les collectivités locales, le secteur privé, et les organisations non gouvernementales pour intégrer la dimension environnementale aux niveaux local, régional et national.
Là , le fond du problème réside dans l’intersectorialité, issu souvent des chevauchements et des redondances des missions des principaux acteurs publics concernés par la gestion des questions de l’environnement (énergies, mines, aménagement du territoire/planification spatiale, notamment marine, occupation des sols, etc.).
Un référentiel pour les normes environnementales nationales et internationales (volontaires et obligatoires), constitue un outil indispensable pour tout effort visant la réduction de l’impact négatif des activités de l’homme sur l’environnement, la promotion de la gestion durable des ressources naturelles, l’encadrement des entreprises pour adopter des pratiques responsables et respectueuses de l’environnement, et l’assurance que tout fonctionne conformément aux lois et règlements.
Les mesures et actions suivantes, contribuent également à toute volonté de rendre notre économie bleue, plus verte sachant que les obstacles politiques, institutionnels, juridiques et éthologiques sont déjà bien diagnostiqués. Il s’agit notamment de :
L’institutionnalisation de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN) comme cadre climat national et l’intégration, selon les secteurs, de l’adaptation et/ou de l’atténuation dans les stratégies, programmes, plans et projets sectoriels.
L’adoption de l’environnement comme axe central des stratégies des secteurs de l’économie bleue en mettant l’accent sur les risques actuels et futurs liés aux changements climatiques et phénomènes extrêmes ainsi que sur leurs impacts environnementaux, économiques et sociaux à venir (développement de scenarii et modèles prévisionnels).
L’allocation, aux principaux secteurs de l’économie bleue, de budgets suffisants pour couvrir à la fois les financements inconditionnels inhérents à la mise en œuvre des engagements pris dans la CDN et le coût des mesures et actions d’adaptation, d’atténuation et de préservation de la biodiversité, prévues dans les propres plans d’actions des secteurs.
La constitution, au niveau national et au sein de chacun des secteurs de l’économie bleue, d’un groupe de spécialistes capables d’assurer l’application de la CCNUCC et de la CDB et d’en rendre comptes conformément aux guides et dispositions prévus à cet effet.
L’encouragement de l’idée des observatoires et le renforcement de leurs missions d’observation, de collectes et de traitement de données, de partage des produits avec les usagers et enfin, de fourniture d’avis aux responsables pour leur faciliter la décision.
La promotion de la planification spatiale marine (PSM) pour surtout délimiter des espaces pour des usages spécifiques : ZEE, AMP, Réserves Naturelles Nationales, Parcs nationaux, etc.). Déjà , les espaces protégés couvrent, chez-nous, environ 42.000 km2 et comptent 4 sites Ramsar : PNBA, PND, Chatt Tboul et le réseau hydrographique du Lac Ghabou et du plateau du Tagant.
Le développement, en amont, de la recherche scientifique tant appliquée que fondamentale, menée dans des établissements spécialisés relevant de certains secteurs et dans les universités. Une institution dédiée spécifiquement à la recherche environnementale et des filières qui forment aux métiers de l’environnement, pourraient faire partie de cette batterie de mesures.
Le renforcement des capacités humaines, techniques et financières de l’Autorité Nationale en matière de météorologie ou l’Office National de la Météorologie (ONM).
Les résultats de la recherche et de la météorologie, sont transformés en connaissances scientifiques et techniques qui servent d’abord, les acteurs publics pour la construction des politiques et stratégies, et la prise de décision et ensuite, les autres acteurs et parties prenantes dans la conception et l’application des programmes et relevant de ce domaine émergent, complexe et compliqué.
Il est incontestable que les sorties des modèles climatiques et socioéconomiques pour une gestion prévisionnelle, dépendent spécifiquement des inputs fournis essentiellement par la recherche scientifique et la météorologie nationale (et internationale).
Enfin, l’ambition d’une économie bleue plus verte demeurera, en l’absence d’une gouvernance dont la devise est ‘Transparence’, ‘Equité’ et ‘Ethique’, un rêve, voire un mythe ou une utopie.
Tels sont quelques ingrédients qui -espérons-le- vont pousser les spécialistes du domaine à partager les bonnes connaissances à ce sujet avec leurs concitoyens et à participer ainsi à leur sensibilisation autour d’un thème qui préoccupe notre pays à l’instar de l’humanité tout entière.
Dr Sidi El Moctar TALEB HAMME
