25-08-2026 23:28 - Nouakchott à l’arrêt : 3 jours sans courant, l’État doit parier sur le solaire

Nouakchott à l’arrêt : 3 jours sans courant, l’État doit parier sur le solaire

NOUAKCHOTT TIMES - Après deux incendies sur des postes SOMELEC, 6 communes de Nouakchott sont sans courant depuis 72h. Pour éviter qu’une panne ne paralyse tout un pays, l’État doit alléger massivement les taxes sur le matériel solaire, comme il l’a fait pour l’informatique en 2000.

Cela fait trois jours. Trois jours que des quartiers entiers de Nouakchott dorment sans ventilateur, sans frigo, sans eau. Vendredi, un premier poste de transformation prend feu à l’Est. Samedi, un second au Nord. Résultat : 6 des 9 communes de la capitale sont plongées dans le noir.

Les conséquences sont immédiates et lourdes.

Dans les hôpitaux, les générateurs tournent au ralenti et chaque intervention devient un casse-tête. Dans les pharmacies, les vaccins et les insulines sont menacés.

Dans les épiceries et les boucheries, c’est la catastrophe économique. Des tonnes de viande, de poulet, de produits laitiers partis à la poubelle faute de froid. Des commerçants qui ont investi et qui perdent tout en 48h.

"On n’a pas d’autre alternative", résume un boucher de Tevragh-Zeina. "Le gasoil pour le groupe coûte plus cher que ce qu’on gagne. Et il n’y en a pas toujours."

Un précédent : quand l’État a misé sur le numérique

La Mauritanie a déjà connu ce moment de bascule. Au début des années 2000, avec l’arrivée de l’informatique et d’Internet, le président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya a pris une décision forte : *un allègement massif des taxes douanières sur le matériel informatique.*

Ordinateurs, imprimantes, serveurs... L’État a fortement subventionné l’accès en réduisant drastiquement les droits de douane. Du jour au lendemain, le matériel est devenu accessible. Des cybercafés ont ouvert dans chaque quartier. Des jeunes ont appris à coder. L’administration s’est informatisée.

En pariant sur la baisse des taxes, l’État n’a pas "perdu" d’argent. Il a investi dans l’avenir et permis à tout un pays d’entrer dans l’ère du numérique.

Aujourd’hui : le même geste pour le solaire

Nous sommes en 2026. Le contexte est différent mais le principe est le même.

Guerre au Moyen-Orient, prix du gasoil qui flambent, dépendance totale aux importations. Et surtout : un soleil. Un soleil qui tape 8 à 10 heures par jour, 300 jours par an. C’est notre pétrole à nous.

L’État doit aujourd’hui refaire le même choix qu’avec l’informatique.

*Alléger massivement les taxes et subventionner le matériel solaire.

Panneaux photovoltaïques. Batteries au lithium. Inverseurs. Régulateurs. Kits solaires pour les maisons, les boutiques, les motopompes agricoles.

Pourquoi ?

1. *Pour la résilience* : Si chaque maison, chaque pharmacie, chaque boucherie avait un petit kit solaire, une panne SOMELEC ne paralyserait plus tout un pays.

2. *Pour le pouvoir d’achat* : Faire tourner un groupe électrogène au gasoil coûte une fortune. Le solaire, une fois installé, c’est gratuit.

3. *Pour les agriculteurs* : Des milliers de motopompes fonctionnent au gasoil dans le Trarza et le Gorgol. Passer au solaire, c’est diviser leurs coûts par 3 et sécuriser la campagne agricole.

Le matériel existe. Mais aujourd’hui il est cher à cause des taxes et des droits de douane. Beaucoup de Mauritaniens aimeraient s’équiper mais n’en ont pas les moyens.

Ce que nous demandons

L’État n’a pas à tout payer. Il a juste à ne plus freiner. Comme pour l’informatique en 2000, qu’il réduise fortement les taxes. Qu’il facilite l’importation. Qu’il labellise les installateurs.

Ce n’est pas une question d’idéologie. C’est une question de survie. On ne peut plus accepter qu’un incendie sur 2 postes plonge une capitale entière dans le chaos pendant 3 jours.

La Mauritanie a les ressources. Elle a le soleil. Il ne manque que la volonté politique.

Le temps des groupes électrogènes et des pannes à répétition doit s’arrêter. L’ère du solaire doit commencer.

Amadou Seck





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Commentaires (1)

  • clean clean (H) 26/08/2026 01:28 X

    Il est temps de se pencher sérieusement sur le fonctionnement de certains centres de la SOMELEC dans les communes de Nouakchott. De passage dans l’un des centres pour le suivi d’un abonnement, j’ai été frappé par une situation qui mérite, à mon sens, une réelle attention : chefs de centre parfois arrogants et méprisants à l’égard des usagers, désordre dans l’organisation et personnel davantage préoccupé à courtiser le responsable qu’à accueillir et servir correctement les citoyens. Le cas du centre de Sebkha m’a particulièrement interpellé. L’attitude du responsable, que j’ai personnellement constatée lors de mon passage, donne une impression de mépris envers les usagers. L’arrogance ne devrait jamais servir à masquer les insuffisances dans la gestion d’un service public. Plus préoccupant encore, certaines discussions relatives à des passe-droits, à des faveurs ou à d’éventuelles pratiques de corruption semblent se dérouler ouvertement, devant les usagers et sans véritable retenue. Si ces pratiques sont avérées, elles doivent faire l’objet d’un contrôle sérieux et de mesures appropriées. Un service public doit être organisé, respectueux et transparent. Le citoyen qui se présente dans un centre n’est ni un quémandeur ni un intrus : il est un usager qui a droit au respect, à l’écoute et à un traitement équitable. Il est donc urgent de remettre de l’ordre dans ces centres, de renforcer le contrôle et de placer la qualité du service au citoyen au cœur des priorités.