16-05-2026 23:50 - « Nous avons compris que tout était perdu » : Saleh Ould Hanena raconte de l’intérieur le coup d’État manqué du 8 juin

« Nous avons compris que tout était perdu » : Saleh Ould Hanena raconte de l’intérieur le coup d’État manqué du 8 juin

SHEMS MAARIF - Dans une interview fleuve de plus de deux heures accordée au journaliste Hanefi Ould Dehah, Saleh Ould Hanena est revenu avec une rare précision sur les coulisses de la tentative de coup d’État du 8 juin contre le régime du président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya.

L’ancien officier a raconté, presque minute par minute, la préparation de l’opération, les tensions internes, les erreurs commises et les circonstances qui ont conduit à l’échec de la tentative. Il révèle notamment que l’assaut a dû être déclenché plusieurs heures avant l’heure prévue après une trahison ayant compromis le plan initial.

Selon lui, les putschistes ont été confrontés à une série de problèmes majeurs : saturation du réseau téléphonique empêchant toute coordination efficace, manque de moyens financiers, retard dans la mise en route des chars blindés et absence totale de communication entre plusieurs unités engagées dans l’opération.

Saleh Ould Hanena affirme également que le président Taya était introuvable à la présidence au moment de l’attaque, compliquant davantage les objectifs des insurgés. Il revient aussi sur la résistance du BASEP, qu’il décrit comme l’un des éléments déterminants de l’échec.

L’ancien chef rebelle reconnaît par ailleurs plusieurs erreurs stratégiques, notamment l’absence d’une véritable aile civile capable d’accompagner le mouvement sur le plan politique et médiatique. Il raconte avec amertume leur incapacité à diffuser un communiqué à Radio Mauritanie et à la TVM, faute d’avoir trouvé des responsables sur place. Il affirme même que la chaîne Al Jazeera aurait refusé de communiquer avec lui pendant les événements.

Au fil du témoignage, Saleh Ould Hanena décrit aussi le moment où il comprend que la tentative est définitivement perdue. Commence alors une longue fuite à travers Nouakchott, où il affirme être resté près de vingt jours caché grâce à l’aide de plusieurs personnes rencontrées parfois par hasard.

Il évoque ensuite ce qu’il appelle des « miracles » qui lui auraient permis de rejoindre le Mali sain et sauf. C’est là qu’il rencontre Moustapha Chafi et participe à la réorganisation du mouvement rebaptisé « Cavaliers du changement ».

L’ancien officier revient également sur la tentative de 2004, rapidement neutralisée par le régime et marquée par l’arrestation quasi générale des membres du groupe. Il raconte avec émotion les tortures infligées à plusieurs de ses compagnons ainsi que les conditions de leur procès.

Malgré la gravité des événements évoqués, Saleh Ould Hanena est apparu particulièrement détendu tout au long de l’émission, ponctuant son récit d’anecdotes parfois étonnantes.

Il cite notamment l’histoire du seul char blindé touché pendant les affrontements, alors que le président Taya affirmait publiquement à l’époque que les blindés des insurgés étaient détruits les uns après les autres.





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Commentaires (1)

  • ouldsidialy (H) 18/05/2026 12:29 X

    Leçon spécifique de la tentative de coup d’État de 2003 : une tentative de putsch courageusement menée, portée à un niveau d'accomplissement significatif, peut créer le contexte favorable psychologique, politique et militaire pour la chute ultérieure d'un pouvoir autoritaire devenu impopulaire… Leçons sur le temps long des coups d'État en Mauritanie :

    1) Les coups d'État réussis à ce jour l'ont toujours été avec l'aide ou l'assentiment ou l'appui d'un ou plusieurs pays étrangers. 1978, 1984, 2005.

    Les caractéristiques ont été : a) Pas un mort ! b) Les coups d'État réussis ont tous correspondu à un changement de régime ou à un remaniement profond dans un régime : 1978, fin de la première république non démocratique, d'inspiration occidentale ; début du régime militaire assumant sa légalité lui-même — 1984, régime des 4 pouvoirs Alégaux mais légitimes, qui confient leur légalité à des institutions de type démocratique occidental, officiellement en 1991 — Après 2005, réaménagement important des 4 pouvoirs entre eux, dans le même cadre démocratique. 3 coups d'État réussis et 4 régimes vraiment différents. 2) Les Mauritaniens ont aussi fait la preuve qu'ils pouvaient réussir seuls, des révolutions de palais (2009) ou des mouvements de chaises musicales dans un même régime (1978-1984). Dans ces cas, il n'y a pas eu de mort et pas de changement de régime à proprement parler.

    3)L'expérience mauritanienne ne contient pas de changement de régime résultant d'une bascule ayant pour point de départ un processus démocratique ou un changement du rapport politique interethnique.