31-03-2026 11:35 - Raffinerie de Nouadhibou : pourquoi un projet longtemps bloqué revient dans le débat énergétique mauritanien

Raffinerie de Nouadhibou : pourquoi un projet longtemps bloqué revient dans le débat énergétique mauritanien

Aqlame -- Le retour du dossier de la raffinerie de Nouadhibou dans le débat public intervient à un moment où la Mauritanie cherche à sécuriser davantage ses approvisionnements en carburants et à consolider sa coopération énergétique avec l’Algérie. 

Cette séquence est alimentée par le rapprochement récent entre la Société Mauritanienne des Hydrocarbures et SONATRACH, qui ont signé un mémorandum d’entente portant notamment sur les produits pétroliers, le stockage, la distribution et le développement du segment aval.

Mais derrière cette actualité diplomatique et économique resurgit un vieux dossier industriel, celui d’une raffinerie dont l’existence matérielle n’a jamais vraiment débouché sur une exploitation durable. Des documents de la Banque mondiale décrivaient déjà, dans les années 1980 et 1990, la raffinerie de Nouadhibou comme une installation d’une capacité d’environ un million de tonnes par an, restée en dehors d’une exploitation régulière en raison de doutes persistants sur sa viabilité économique, financière et technique.

L’ancienneté des difficultés est bien documentée. Un rapport de la Banque mondiale de 1981 indiquait qu’une raffinerie de un million de tonnes par an, construite à Nouadhibou pour environ 130 millions de dollars, était restée inutilisée après son achèvement en 1978 à cause d’un différend technique et juridique avec l’entrepreneur, de difficultés d’approvisionnement en brut algérien et d’incertitudes sur sa viabilité globale.

Par la suite, plusieurs documents internationaux ont continué à présenter la raffinerie comme un actif existant mais non transformé en véritable pilier du système énergétique national. Une étude sectorielle de la Banque mondiale relevait que l’installation n’avait pas été mise en fonctionnement régulier, alors même que la structure de la demande mauritanienne était dominée par le gasoil.

Cette même source soulignait que la question n’était pas seulement technique, mais aussi économique : la taille du marché, la structure de consommation et les coûts logistiques limitaient fortement l’intérêt d’un raffinage local dans les conditions de l’époque.

Cette fragilité se retrouve dans des sources plus récentes. Dans son examen de politique commerciale consacré à la Mauritanie, l’Organisation mondiale du commerce indiquait qu’en 2017 le pays importait la totalité de ses produits pétroliers raffinés et que la raffinerie de Nouadhibou, d’une capacité d’environ 20 000 barils par jour, n’était plus opérationnelle depuis 2001. Le rapport ajoutait que les autorités recherchaient encore des investisseurs pour la réhabiliter.

Autrement dit, même lorsque la raffinerie existait dans le paysage industriel, la Mauritanie restait structurellement dépendante des importations de carburants. Cette dépendance n’a pas disparu. Elle explique en grande partie pourquoi le débat actuel semble moins porter sur un retour crédible du raffinage que sur la sécurisation des importations, l’extension des capacités de stockage et la consolidation de la distribution.

Les annonces récentes entre SMH et SONATRACH vont d’ailleurs clairement dans cette direction, en mettant l’accent sur les produits pétroliers, le stockage, la distribution et le segment aval plutôt que sur un projet précis de relance industrielle de la raffinerie.

L’histoire du raffinage en Mauritanie montre aussi que les tentatives de relance n’ont jamais totalement disparu, sans pour autant produire de résultat concret. Reuters rapportait en 2010 que la société canadienne Winfield Resources cherchait à mobiliser des financements pour un projet de raffinerie évalué à environ 3 milliards de dollars à Nouakchott.

L’agence relevait en parallèle que la raffinerie existante de Nouadhibou, présentée alors avec une capacité de 20 000 barils par jour, fonctionnait bien en dessous de son potentiel, sur fond de faible investissement.

Ces éléments convergent vers une même conclusion : la question n’a jamais été seulement de savoir si une raffinerie pouvait exister physiquement en Mauritanie, mais si elle pouvait fonctionner de manière rentable et durable dans un marché relativement limité, éloigné des grands centres de raffinage, et dépendant de chaînes logistiques coûteuses.

Les sources de la Banque mondiale montrent d’ailleurs depuis longtemps que le poids du transport, de la manutention et de la distribution dans un territoire vaste et peu densément structuré complique fortement l’équation énergétique mauritanienne.

C’est pourquoi le retour de la raffinerie de Nouadhibou dans le débat énergétique relève aujourd’hui autant de la mémoire industrielle que d’une option stratégique réellement mûre. Le site conserve une valeur symbolique et logistique, mais les sources publiques et internationales consultées ne montrent pas, à ce stade, l’existence d’un plan crédible, financé et techniquement documenté de remise en service à court terme.

En revanche, elles confirment que la priorité actuelle se situe dans la structuration du secteur aval : approvisionnement, stockage, distribution et partenariats régionaux pour réduire la vulnérabilité du pays face aux chocs extérieurs.

En définitive, si la raffinerie de Nouadhibou revient aujourd’hui dans le débat, ce n’est pas parce qu’un retour au raffinage serait acquis, mais parce que la Mauritanie cherche une réponse plus solide à sa dépendance énergétique.

Dans l’état actuel des informations disponibles, le véritable enjeu ne semble pas être la renaissance d’un ancien complexe industriel, mais la construction d’un modèle aval plus robuste, plus intégré et moins exposé aux tensions des marchés internationaux.



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