30-03-2026 22:41 - Naftal va reprendre du service en Mauritanie après des années de fermeture
MAGHREB EMERGENT - En 1978, Sonatrach contribuait à construire la première raffinerie de Mauritanie. Vingt-deux ans plus tard, l’installation s’arrêtait faute de rentabilité. Aujourd’hui, Nouakchott et Alger se retrouvent autour d’un projet moins ambitieux mais plus immédiat : rouvrir des stations-service.
Les deux pays sont en train de finaliser des ententes portant sur l’importation de carburants et la réactivation des stations de distribution Naftal, fermées depuis plusieurs années à Nouakchott, révèle une source gouvernementale mauritanienne à la plateforme Attaqa.
La même source évoque des travaux en cours sur des lignes à haute tension destinées à l’interconnexion électrique, traçant les contours d’un partenariat énergétique plus large entre les deux voisins du Maghreb et du Sahel.
« Les équipements ne permettent plus une remise en service »
La raffinerie construite en 1978 avec l’appui de Sonatrach, et exploitée jusqu’en 2000, n’est pas au programme de ce renouveau. La source gouvernementale est explicite sur ce point : les équipements, après des décennies d’arrêt, « ne permettent plus une remise en service », et le raffinage local a perdu tout intérêt économique face à l’importation directe de produits raffinés depuis les marchés internationaux. Un constat qui referme, pour l’heure, la parenthèse sur ce symbole de la coopération bilatérale d’antan.
La Mauritanie s’approvisionne désormais exclusivement via des appels d’offres internationaux lancés tous les deux ans, selon des critères combinant prix, capacité technique et solidité financière des fournisseurs. Contrairement à ce qui circule parfois, Nouakchott ne dépend pas des livraisons terrestres transitant par le Sénégal : les importations arrivent directement par voie maritime, via les ports de Nouadhibou et de Nouakchott, ce qui procure au pays une marge d’autonomie appréciable grâce à sa façade atlantique.
Un budget sous pression, un stock «rassurant»
La vulnérabilité mauritanienne se joue sur un autre terrain : celui des prix du pétrole. La Mauritanie supporte l’intégralité des à -coups du marché pétrolier mondial, et la montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient a fait bondir les prix de l’énergie de plus de 80% depuis le déclenchement de la crise.
Le ministre de l’Énergie Mohamed Ould Khaled a reconnu publiquement que l’État absorbe environ 3 100 anciennes ouguiyas par litre de gasoil sur un prix de vente de 5 000, soit une prise en charge de plus de 60% du prix à la pompe.
Depuis le début de la crise, l’enveloppe cumulée des subventions aux carburants a dépassé 17 milliards d’anciennes ouguiyas, avec des projections à la hausse si les prix se maintiennent à leurs niveaux actuels.
Face à cette pression, le gouvernement a posé une ligne rouge : aucune hausse des prix à la pompe supérieure à 5%. Le mécanisme de tarification retenu, calé sur les prix moyens du mois précédent plutôt que sur les cours instantanés, atténue les effets de volatilité sur le marché intérieur.
Sur la question des stocks, le ministre assure que les réserves stratégiques de Nouadhibou et Nouakchott sont « rassurantes » et couvrent plusieurs mois de consommation. Une affirmation que le gouvernement s’emploie à rendre durable : de nouveaux entrepôts d’une capacité totale de 183 000 mètres cubes, destinés au gasoil, à l’essence et au kérosène, sont attendus opérationnels d’ici la fin de 2026. La capacité de stockage à Nouakchott a déjà été portée de 60 000 à 83 000 mètres cubes, avec l’objectif de la doubler dans l’année.
Le gaz domestique, prochain front budgétaire
Le carburant liquide n’est pas le seul poste sous tension. Le ministre de l’Énergie anticipe une facture annuelle de subventions au gaz de pétrole liquéfié, principale source d’énergie domestique du pays, pouvant atteindre 45 milliards d’anciennes ouguiyas si la crise se prolonge. Un montant qui pousse le gouvernement à réfléchir à des mécanismes de gestion des aides plus sélectifs, sans en avoir encore précisé les contours.
Par
Lynda NACER
