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18-06-2026

11:09

Terrorisme : Abidjan tend la main à ses voisins du Sahel

DEUTSCHE WELLE - La Côte d'Ivoire se dit prête à reprendre sa collaboration sur le plan sécuritaire avec le Mali et le Burkina Faso, alors que ses relations avec ces voisins sont tendues. Va-t-on vers une reprise de la coopération sécuritaire entre la Côte d'Ivoire et ses voisins du Sahel, le Mali et le Burkina Faso ? 

Le vice-Premier ministre ivoirien, par ailleurs ministre de la Défense, Tene Birahima Ouattara, ne semble pas l'exclure. Récemment, lors de l'Eurosatory, un salon dédié à l'armement, il a déclaré être "sincèrement prêt" à reprendre une coopération, si ses deux voisins le souhaitent.

Alors que les relations sont plutôt tendues entre Abidjan et Bamako, mais également avec Ouagadougou, pourquoi une reprise de la coopération sécuritaire serait-elle importante et quelle forme pourrait-elle prendre ?

Une main tendue dans un contexte particulier

"Le terrorisme, tel qu'il se présente actuellement, ne peut être vaincu par un État. Il faut qu'il y ait une collaboration, une mutualisation des forces." C'est ce qu'a déclaré le ministre ivoirien de la Défense.

Même si, depuis 2021, la Côte d'Ivoire n'a plus été touchée par des attaques meurtrières, des groupes djihadistes comme le Jnim, lié à Al-Qaïda au Sahel, et très présent au Burkina Faso et au Mali, évoluent parfois à quelques kilomètres de la frontière ivoirienne.

Pour l'analyste politique Osman Chérif, la coopération avec les autres pays est donc importante. Il fait aussi un rappel :

"Au moment où il y a eu la crise des soldats qui étaient détenus à Bamako, ce même ministre de la Défense s'était personnellement rendu au Mali pour amorcer une médiation… Donc la coopération militaire avec les Etats du Sahel n'a jamais été figée complètement. C'est vrai qu'il y a eu des moments de durcissement et des moments de relâchement. Aujourd'hui, si on doit maintenir ce statu quo, c'est vraiment une erreur stratégique pour la Côte d'Ivoire, et la Côte d'Ivoire ne peut pas se permettre cette erreur-là."

Pour bien comprendre les relations actuelles entre la Côte d'Ivoire et ses deux voisins que sont le Mali et le Burkina Faso, il faut d'abord rappeler que ces trois pays sont liés par des échanges économiques et des liens qui remontent à très loin.

Alors que des millions de ressortissants burkinabè et maliens résident en Côte d'Ivoire, les relations entre les trois pays se sont toutefois détériorées avec les coups d'État au Mali, puis au Burkina Faso.

Les militaires souverainistes ont alors très vite rejeté le partenariat avec la France, ex-puissance coloniale, dont la Côte d'Ivoire reste un allié.

Abidjan avait condamné les putschs et soutenu les sanctions de la Cédéao, ce que Bamako et Ouagadougou n'ont pas apprécié. Par la suite, il y a eu l'arrestation, en 2022, de 49 soldats ivoiriens à Bamako. Accusés d'être des mercenaires, 46 ont été condamnés à vingt ans de prison avant d'être graciés, en janvier 2023.

Il y a également eu des incidents frontaliers, comme celui de mars 2024, quand des soldats burkinabè ont franchi la frontière ivoirienne, donnant lieu à des échanges de tirs.

Le décès en détention, en Côte d'Ivoire, en juillet 2025, de l'influenceur burkinabè Alino Faso a également envenimé les relations. Alors qu'à Abidjan, il a été question de "suicide", Ouagadougou a, pour sa part, dénoncé un "assassinat" et le capitaine Ibrahim Traoré, le chef des militaires au pouvoir, n'a pas hésité à accuser son voisin d'être la "base arrière des ennemis du Burkina".

Des objectifs précis

En dépit de ces tensions, Christophe Kouame, président de Civis Côte d'Ivoire, une organisation de la société civile, rappelle que, sur le terrain, la coopération entre la Côte d'Ivoire et les pays de l'AES n'a en réalité jamais et coupée. Le blocage était surtout au niveau de la coopération entre les soldats ivoiriens et ceux de l'AES, pour lutter contre les terroristes précise-t-il.

Selon lui, la reprise éventuelle d'une collaboration sur le plan sécuritaire devrait prendre une forme précise.

"Si la Côte d'Ivoire doit travailler aujourd'hui avec les pays de l'AES pour combattre le terrorisme, ce sera plus par association d'intelligence, partage d'informations, partage de logistiques, plutôt qu'en déplaçant les gens (les troupes ndlr) vis-à-vis d'un ennemi qui est dans une guerre asymétrique" précise Christophe Kouame.

En attendant la reprise éventuelle de cette coopération sécuritaire, sur le terrain, les populations continuent de vivre et de commercer entre elles.

Carole Assignon





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