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08-05-2025

12:55

Chantiers de la modernisation de Nouakchott : Ould Djay au front

Le Calame -- Le Premier ministre a récemment effectué une visite de terrain sur différents chantiers répartis dans les trois wilayas de la capitale. Cette visite au pas de charge a concerné les composantes relatives à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, à l’électricité et l’éclairage public, à l’environnement et la réalisation d’espaces, ainsi qu’aux activités associatives.

Il s’agissait d’évaluer l’état d’avancement de ces différents investissements. Ce programme tiendrait à cœur au président de la République qui tient visiblement à laisser son empreinte sur sa décennie.

Ceux qui l’accusent de n’avoir pas fait grand-chose en matière d’infrastructures au cours de son premier quinquennat se raviseront ils avec les différents chantiers lancés au cours du second ? Pourvu que la qualité soit au rendez-vous et que les 50 milliards ne s'envolent pas dans la nature-corruption !

Parfois en bras de chemise, le PM s’est montré satisfait au terme de sa randonnée. Et de déclarer donc, devant les caméras, que « le programme d’urgence pour le développement et la modernisation de la capitale se déroule selon les conditions et les délais fixés ».

Un satisfecit que certains observateurs jugent trop hâtif, contrastant même avec ses premières déclarations sur un des chantiers. Les images relayées à l’époque par les organes publics et privés avaient montré un PM menaçant envers les responsables d’ouvrages.

La discussion n’était pas du tout cordiale. Aujourd’hui, le PM qualifie le déroulement des chantiers de « globalement satisfaisant ». Les sommations d’hier ont-elles poussé les entrepreneurs à prendre garde ? On peut le penser.

Le PM que d’aucuns qualifient de bulldozer veut aller très vite. En finir avant la saison des pluies qui pourrait retarder certains chantiers. Certains mauritaniens avaient pourtant pensé que des marchés allaient être retirés, des contrats résiliés et des sanctions tomber.

Si de telles mesures furent prises, on n’en a pas entendu parler ni pleurnicher des bénéficiaires. Une chose est tout de même sûre : difficile de suivre, en tout cas pour les profanes, les deux cent quatre-vingt chantiers ouverts, tous azimuts et de manière verticale à Nouakchott.

D’autant plus difficile que nombre de nos entreprises ne disposent pas d’expertise fiable et se sont habituées à la complicité et au laxisme, pour ne pas dire la corruption, qui gangrènent l’attribution des marchés publics et le contrôle de l’exécution des travaux.

Comme on le sait, nombre de hommes d’affaires « gagnent » les marchés grâce au gré-à-gré et à des interventions/complicités, puis dépensent très peu dans les ouvrages afin de se « taper » des voitures de luxe 4X4, villas et cheptel en veux-tu en voilà. La corruption que dénonce et combat le pouvoir mine fortement le secteur des infrastructures (bâtiments et routes).

Les Nouakchottois – disons plus simplement : tous ceux qui fréquentent nos routes ou nos établissements publics – constatent leur mauvaise qualité. Les bitumes se dégradent quelques mois après leur « achèvement », si ce n’est quelques semaines, et les voilà presque solubles dans l’eau de pluie ! Les exemples sont légion, il suffit de visiter les ouvrages publics.

Tout est fait à la hâte et en mauvaise qualité. On se rappelle, il y a quelques petites années, des fissures sur et dans l’immeuble de l’Assemblée nationale qui venait à peine d’être livrée ou encore la partie du plafond tombée à l’aéroport Oum Tounsy. Ne parlons des retards et de leurs fréquents avenants.

La reconstruction de la route Boutilimit-Aleg longue de cent kilomètres prit trois ans, si ce n’est plus. Mais l’on n’a pourtant jamais entendu parler de la moindre sanction. Nombre de nos entrepreneurs ont toujours bénéficié comme d’une impunité totale.

Tout près de nous, à Nouakchott, certaines pistes de la voirie de la capitale sont en perpétuelle reconstruction, à l’instar de l’axe Carrefour Madrid-Pont Bamako toujours inachevé : de petites bricoles y sont régulièrement effectuées, avec des failles sur le bitume. On continuera à toujours à colmater, à la grande joie de quelques entreprises.

Changer la donne

La nouvelle méthode de Ould Diay va-t-elle changer la situation ? Les visites de terrain avec de fortes délégations penchent pour l’optimisme. Chargé de suivre les chantiers du programme d’urgence pour la modernisation de Nouakchott, le PM s’implique fortement, via des réunions de suivi de proximité, et descend sur le terrain avec les ministres impliqués ; on les voit, eux et leur staff technique, discuter sur les sites avec les responsables des entreprises chargées d'exécuter les travaux…

Selon des sources concordantes, le ministre de l’Urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du Territoire, Niang Mamoudou, s’est insurgé, sur le chantier d’extension de l’Institut d’enseignement supérieur de technologie de Rosso, contre le retard accumulé par rapport au délai prévu.

Dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, le même ministre en visite de chantiers à Nouadhibou s’en est pris à une entreprise qui traîne les pieds dans l’exécution des travaux d’une école. « Non seulement les travaux traînent en longueur », a-t-il dénoncé en substance, mais il n’y pas de planning pour le suivi des travaux ».

Face à un des responsables qui tentait de se justifier, l’ingénieur en génie civil qu’est Niang Mamoudou – et qui connaît donc bien les contingences du secteur… – a balayé d’un revers de la main le prétexte avancé, en soulignant qu’« avant de signer un contrat, il faut lire ses termes ». Il est inadmissible que non seulement les instructions du président de la République et du Premier ministre ne soient pas respectées scrupuleusement mais aussi les cahiers de charges des contrats signés.

Et d’exiger en conséquence un planning pour un suivi étroit, en collaboration avec le service régional de son département. Ce planigramme sera étudié sous la supervision directe du ministre, avant d’être validé pour la poursuite normale des travaux. Faute de quoi, le contrat sera résilié car tous les chantiers du volet Éducation doivent être impérativement achevés avant la rentrée scolaire prochaine.

Ce genre d’humeur sera-t-elle suivie de sanctions à l’encontre des entrepreneurs ? On le sait bien, hélas : les ministres n’ont pas la latitude de sévir puisque certains entrepreneurs sont tout simplement intouchables.

Interpelé sur les problèmes des chantiers de construction – hausse du prix de briques, rareté de la main-d’œuvre suite à l’expulsion des étrangers en situation irrégulière… – le PM a invité les jeunes mauritaniens qui se plaignent de chômage à se saisir de l’opportunité qui leur ainsi offerte pour travailler.

Mais les conditions dans lesquelles beaucoup d’étrangers irréguliers acceptaient de travailler sont trop difficiles : salaires maigres, conditions pénibles de travail et, parfois, traitement dégradant. Certains acceptaient, comme des domestiques – pour ne pas dire esclaves, un mot désormais tabou – de dormir sur les chantiers ou au domicile de leurs employeurs.

Dalay Lam



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