mer , 09/05/2007 13:16 - Société Mauritanienne des Hydrocarbures : Dans l'oeil du cyclone

Société Mauritanienne des Hydrocarbures : Dans l'oeil du cyclone



En dépit d’un déficit du budget prévisionnel de près de six cents millions d’ouguiyas, doublé de l’amenuisement inéluctable de ses recettes pétrolières du fait de la chute de la production, pour l’année 2007, la Société Mauritanienne des Hydrocarbures est aujourd’hui plongée dans une situation intenable.

Et pour couronner le tout, elle a été épinglée par l’Inspection générale de l’Etat pour son système de cooptation dans le recrutement du personnel et la remise en cause du principe de la double signature pour certaines dépenses (paie).

Le conseil d’administration de la SMH, présidé par le gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie, a pourtant décidé de passer outre cet état de fait, accordant, lors de sa dernière réunion du 13 mars 2007, la location d’un nouveau siège (SMH était gratuitement hébergée au MEP) et des gratifications à tour de bras dont celle du DG. Ce dernier se voit octroyer plus de deux mois de salaires soit environ 7 millions d’ouguiyas.

Le DG lui-même reconnaît "l’inopportunité" de ces gratifications en temps de disette et se dit prêt à se serrer la ceinture. Un peu trop tard, sans doute. Mais ce n’est là encore que la partie visible de l’iceberg dans la réalité de la gestion de la SMH.

Au début était l’IGE

Un conflit d’interprétation oppose depuis quelques mois la Société Mauritanienne des Hydrocarbures et l’Inspection générale de l’Etat au sujet de la gestion des recrutements du personnel et de l’innovation du modèle de gestion. Le déficit de production pétrolière présage incontestablement d’une situation pour le moins difficile. Le péché originel de la récupération de ses actions par la société Sterling aggrave encore cette situation car la SMH ne récoltait déjà que les miettes. Le déficit pétrolier n’arrangera donc pas forcément ses affaires.

Malgré les apparences du bâtiment "Kailem", loué pour 4 millions d’ouguiyas, par mois, et avec un paiement anticipé de deux ans, la société se meurt à petits feux dans l’insouciance de ses plus hauts organes qui donnent leur baraka aux dépenses les plus faramineuses (gratifications et location exagérée du nouveau site de l’entreprise). L’IGE a encore pointé son nez dans la l’affaire de la location du bâtiment dont le titre foncier était, semble-t-il, destiné à l’installation d’un hôtel mais qui comme par enchantement a été transformé en "building de location ".

Même payé à l’avance, l’immeuble était encore au stade de la finition lors du déménagement de la SMH.

Le tableau de la société est donc peu reluisant. En plus de ce constat, la SMH se débat toujours dans d’autres problèmes de gestion inextricables, mettant en cause des conflits de compétences entre ces principales directions (DG et DF). Les employés ne s’y sentent pas bien et confient que le népotisme a gangrené la société. Le climat sociale est on ne peut plus explosif.

Pour en avoir le coeur net, nous avons sollicité et obtenu un rendez-vous de la direction générale de l’entreprise qui nous a fourni des explications en relation avec certains dysfonctionnements perceptibles. La direction générale, se disant victime d’un acharnement, a tenté d’apporter des réponses à nos questionnements en présence du responsable des ressources humaines.

L’habit ne fait pas le moine

La SMH, faut-il le rappeler, a été créée dans des conditions abracadabrantes sous l’ancien régime offrant les ristournes de ses actions (9%) à la société Sterling. Néanmoins, elle a hérité d’une mission centrale qui est celle de gérer la participation de l’Etat dans les gisements pétroliers soumis au partage de production. Elle a également pour mission d’intervenir, pour le compte de l’Etat, dans les différentes opérations relatives à la production, au traitement, à la transformation, à l’investissement et au transport des hydrocarbures aussi bien sur le territoire national qu’à l’extérieur du pays. Mais son rôle prépondérant dans l’échiquier pétrolier ne s’arrête pas.

Elle est également chargée de la formation des cadres dans les différentes filières de l’industrie pétrolière. Or, sur ce dernier point, la société semble pécher. Et c’est d’ailleurs pour cette raison, entre autres, que l’Inspection générale a décidé de geler les salaires de cinq personnes recrutés par la SMH.

L’IGE, à la suite d’une seconde mission de contrôle portant sur l’exercice 2006, a intimé au directeur financier, Cheikh Mohamed El Hafed Ould Tolba, de geler le salaire de ces cinq individus, recrutés sans concours et bénéficiant de contrats à durée indéterminée (CDI). Or, expliquent certains employés de la SMH, "tous les employés actuels ont été recrutés sur concours et ont été pendant deux ans en période d’essaie avant de signer les CDI". Mais c’est là où la direction générale de l’entreprise n’est pas d’accord avec l’IGE. Il faut reconnaître qu’en ce cas d’espèce la direction générale a peut être raison sur ce point.

En effet, la société étant un établissement public à caractère commercial ne serait pas soumise aux règles rigoureuses du concours de la fonction publique. Pour autant, la réalité de ce régime n’exempte pas l’entreprise de donner les mêmes chances à tous les mauritaniens répondant aux mêmes profils de prétendre à l’embauche. Ce qui ne se vérifie pas à la SMH avec l’embauche des enfants du personnel politique qui exerce, nous l’a concédé la direction générale, "une forte pression" sur lui.

Ainsi par exemple on retrouve recrutés des enfants de l’équipe gouvernementale de la transition. Dans d’autres cas, ce sont des bourses de formation offertes allègrement pour des enfants d’hommes politiques d’obédience dont le DG est soupçonnée ou encore des bourses de formation au profit de l’entourage familial immédiat du DG lui-même.

Pendant ce temps, la SMH licencie plusieurs cadres sélectionnés sur concours par le Bureau Tunisien SMIP. Il est bien vrai que ces cadres bénéficiaient de salaires à l’Université. Pourtant, la SMH reversera 5 Million d’ouguiyas "pour régler à l’amiable" le licenciement de quatre stagiaires. C’est à croire qu’elle a de l’argent à jeter par la fenêtre.

A la SMH, plus qu’ailleurs, l’habit ne fait pas le moine et nos investigations révèlent que pendant la période de transition, des pratiques des plus scabreuses ont émaillé la gestion de cette entreprise. Affaire à suivre donc

Jedna Deida
jedna@mapeci.com
Source : Nouakchott Info
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